Tomelet

Notes de conception

Comment la pliure est devenue un dos

Chaque téléphone pliable a une ligne au milieu. Pour la plupart des applis, c’est un obstacle à contourner. Pour un livre, c’est la chose la plus naturelle du monde : les livres en ont toujours eu une. Voici comment le lecteur de Tomelet a appris à traiter le pli comme un dos, et les règles de conception qui le guident.

Gratuit, sans compte. Les pages en vis-à-vis font partie du lecteur gratuit.

Le problème : une page de téléphone, étirée

Ouvrez un pliable, et une appli pensée pour un téléphone devient simplement plus large. Les lignes deviennent trop longues pour être lues, le texte traverse la pliure, et un bouton peut atterrir sur le pli. Refermez le téléphone et l’écran est reconstruit, à une page ou à un chapitre de l’endroit où vous étiez.

Apple a publié des recommandations de conception avec l’iPhone Duo ; Android a les siennes pour les pliables. Elles s’accordent plus qu’elles ne divergent, et Tomelet suit les deux avec un seul lecteur, sur iPhone Duo comme sur Galaxy Z Fold. Cinq règles l’ont façonné.

1. Le pli est une zone réservée

Apple appelle le pli une zone réservée : une partie de l’écran qu’une appli doit laisser libre. Android indique à une appli l’emplacement exact de son pli, et Tomelet y place le petit fond entre les deux pages, en gardant à l’écart les zones de toucher, les boutons et les poignées de sélection. Un trait de stylet qui traverse le pli est partagé entre les deux pages, si bien que chaque page garde l’encre qui lui appartient.

Sur iPhone Duo, Flutter, la boîte à outils dans laquelle Tomelet est écrit, ne transmet pas encore la position du pli aux applis (flutter/flutter#192515) : Tomelet centre donc le petit fond sur l’écran.

C’est le pas qui mène de la pliure au dos. Dans un livre imprimé non plus, rien n’est imprimé dans le petit fond. C’est là que les deux pages se rejoignent.

Deux pages en vis-à-vis d’un roman, une expression surlignée en jaune sur la page de gauche ; sur les deux pages, le texte s’arrête avant le petit fond.
Deux pages, un petit fond : le texte s’arrête avant le milieu, et le surlignage reste sur ses mots.

2. Plier n’est pas quitter

Apple demande une expérience continue quand l’appareil s’ouvre et se ferme. Samsung demande aux applis de conserver la position de défilement et tout texte en cours de saisie. Tomelet traite un pliage comme un changement de taille d’écran, jamais comme une navigation.

Les numéros de page n’y survivent pas : l’écran externe affiche une page d’une autre taille, si bien que le livre n’a plus le même nombre de pages après chaque pliage. Tomelet retient donc votre position dans le texte : le premier caractère de la page de gauche. Il recompose le livre et ouvre la page qui contient ce caractère, et l’image précédente reste à l’écran jusqu’à ce que la nouvelle soit prête. Surlignages, notes et encre sont ancrés aux mots : ils bougent avec eux.

Rien ne se rouvre, aucune publicité n’apparaît : plier ne vous fait jamais sortir du livre.

3. La taille, pas la rotation

L’écran intérieur de l’iPhone Duo ignore le verrouillage de rotation d’une appli, et Android 17 fait de même sur les grands écrans. L’orientation du téléphone ne peut donc pas décider de la mise en page. Tomelet regarde la place dont dispose la page : deux pages quand chacune reste confortable à lire, une sinon. La même règle s’applique sur une tablette, un téléphone tenu à l’horizontale et une fenêtre d’ordinateur.

Les paires viennent de l’imprimé, pas d’un carrousel de photos. La première page est seule, puis 2–3, 4–5 : une double page conçue par l’éditeur tombe toujours d’un seul tenant. Les livres en arabe, en hébreu et en japonais vertical commencent à droite et se tournent vers la gauche. Un livre à mise en page fixe qui déclare une orientation affiche une indication d’une ligne, que vous pouvez fermer ; le lecteur ne fait jamais pivoter votre téléphone à votre place.

4. La posture change la disposition, pas le livre

Selon les recommandations d’Apple, l’angle de la charnière sert « pour les interactions et les effets… pas pour la mise en page ». Tomelet est d’accord : aucun effet de page ne suit la charnière. Ce qu’une posture change, sur Android, c’est la composition autour du livre.

Sur un pliable Android qui signale qu’il est entrouvert, tenu comme un livre, vous avez une page de chaque côté du pli et les commandes sur les bords extérieurs. Posez le pliable Android entrouvert sur une table : la page monte à l’étage et les commandes descendent au rez-de-chaussée — curseur de pages, table des matières, notes, apparence. C’est l’idée du Flex Mode, intégrée au lecteur sur Android.

Sur iPhone Duo, Tomelet garde la disposition du livre ouvert à tous les angles, prêt pour le jour où Flutter transmettra l’état de la charnière aux applis.

5. Le clavier

Pliez le téléphone clavier affiché : le champ de recherche ou la note que vous étiez en train de saisir garde son texte, son focus et son curseur.

Partager l’écran

À côté d’une autre appli, en Split View sur iPhone Duo ou en écran partagé sur Android, Tomelet affiche une seule page, ne fait aucune supposition sur l’emplacement du pli et garde ses commandes sur les bords extérieurs.

Un stylo dans la marge

Apple apporte l’Apple Pencil (USB-C) aux deux écrans de l’iPhone Duo, et les outils stylet de Tomelet sont prêts à l’accueillir : écrivez dans les marges des EPUB comme des PDF, surlignez une ligne d’un seul trait, écrivez au Pencil pendant que vos doigts tournent les pages, déplacent et zooment. L’encre est ancrée au texte : une note en marge reste à côté de son paragraphe quand un pliage recompose la page. Un trait tracé à travers la pliure est partagé entre les deux pages.

Ce que nous n’avons pas construit

Des effets de page qui suivent l’angle de la charnière

Une page ne devrait pas vaciller quand vous changez de prise en main.

Une seconde fenêtre Tomelet sur iPhone

Une seule fenêtre qui partage bien l’écran suffit.

Pourquoi un dos

Un livre est le plus ancien écran pliable qui soit. Son dos est l’endroit où il plie, où rien n’est imprimé, et où deux pages conviennent de se rejoindre. Traiter la pliure comme un dos n’était pas une métaphore plaquée sur l’ingénierie. C’était le plus court chemin vers un lecteur qui se comporte comme un livre le fait déjà.